Bill raccrocha d'un air las.
- Loupé... David ne veut pas qu'on rentre avant d'avoir bouclé l'ecriture de l'album. Quel tyran.
Un silence lourd accueillit sa remarque, et tous les regards se dirigèrent vers Gustav, qui gardait les yeux baissés.
- Gustichou... C'est toi qui a voulus nous faire venir ici... Et subitement tu veux partir... Tu peux nous expliquer?
Le jeune homme se renfrogna encore un peu plus. Il jetta un rapide coup d'oeil vers la fenêtre, qui donnait sur le parc envahit par le crépuscule. Un frisson traversa ses membres. Mais comment leur expliquer? "Ouais les mecs la maison est hantée faut qu'on rentre au bercail"
Ils allaient lui rire au nez.
Depuis la découverte des croix quelques heures plus tot, le blond était resté prostré sur sa chaise, avant de supplier Bill (le chouchou de David) de négocier leur départ rapide. La simple idée de passer encore une nuit dans cette maison maudite lui paraissait insupportable. Le bout de ses doigts semblaient encore imprégnés par la sensation de peau sur le tableau de la jeune fille en rose.
- Moi je me plais ici... L'endroit m'inspire.
Tom se laissa tomber sur les genoux de son frère qui ne réagit même pas, les yeux dans le vague.
- J'avoue que je me plais aussi ici... Et toi Ginou?
Le brun hocha la tête avant de se replonger dans sa DS. Une délicieuse odeur commençait à monter dans la maison et renforça encore le sourire béa de Tom.
- Et en plus, l'ancêtre nous fait des repas savoureux. Vous je sais pas, mais moi je cours, je vole, jusqu'à la cuisine.
Le dreadeux quitta alors la pièce, suivit de Georg qui était si plongé dans sa partie de Mario qu'il passa à deux milimètres de se défigurer en se prenant un coin de porte. Bill, lui, n'avait pas bougé. Il continuait à regarder au loin. Puis ses yeux chocolats se décollèrent de la fenêtre pour se poser sur le blond. Mal à l'aise, le jeune homme se redressa.
- On va manger?
- Si tu veux... Mais je n'en démordrais pas. Tu es bizard depuis hier.
Gustav repoussa la remarque d'un geste léger et rejoignit les autres, suivit pas un Bill toujours aussi rêveur. C'était tout lui. Quand il ne rouspétait pas, il partait dans un cosmos fort fort lointain.
Comme Tom l'avait deviné, le repas était plus que délicieux. La tourte aux poireaux, le rotis de Biche accompagné de pommes duchesse et le gateau au chocolat furent engloutis en quelques minutes. Madame Olitraud semblait toujours aussi affable, et ne fit aucune remarque concernant leurs discutions de l'après midi. Cependant, Gustav remarqua que par moment, la vieille femme se figeait et regardait quelque part dans le vide. Il suivait immédiatement son regard, mais sans rien voir. Ce manège avait recommencé 3 ou 4 fois durant le diner, mettant le blond de plus en plus mal à l'aise. Une fois la dernière bouchée avalée, les garçons rejoignirent le premier étage, ou leur garde du corps leur avait bricolé une antenne afin qu'ils puissent regarder un peu la télé dans un des salons. Les jumeaux commencèrent à se chamailler sur le choix du programme. Habitués depuis longtemps à ces scènes, Georg rejoignit Gustav pour lui taper sur l'épaule.
- Tu veux pas me dire ce qui t'arrive? T'es étrange aujourd'hui.
Presque mot pour mot les paroles de Bill. Gustav haussa les épaules.
- Un petit coup de blues c'est tout. On est plus habitués à cette forme de solitude, loin des médias, des fans...
- Ce n'est pas justement ce que tu recherchais?
- Si... Mais finalement ce n'est peutêtre plus mon truc, de vivre comme tout le monde.
Georg pouffa de rire.
- Faut t'y faire. Viendra bien un jour ou on replongera dans l'ombre. Bill finira drogué, Tom se reconvertira dans le X, moi je reprendrais l'épicerie de mon grand père et toi tu bossera dans un musée.
C'était un sujet de plaisanterie assez récurant chez eux. L' "après Tokio Hotel". Gustav esquissa un sourire et feignit de se plonger dans la partie de Mario Kart que Georg entamait. Soudain, les jumeaux tombèrent à leurs pieds, plongés dans une de leurs habituelles bastons. Difficile de dire lequel des deux dominait. Tom était moins frèle, mais Bill avait une volonté de fer. Il y a encore quelques années, Georg et Gustav les auraient séparés. Mais depuis le temps, ils avaient bien compris que c'était inutiles. Les frères n'échangeaient que des empoignades, ne cherchant pas à faire mal à l'autre, mais juste à le dominer. Finalement, ce fut Bill qui sortit vainqueur, et il décida de fêter sa victoire avec une tournée de Vodka. Les quatres garçons s'assirent donc en rond, enchainant les culs secs. Ils buvaient assez rarement, et Georg fut le premier à déclarer forfait. Gustav, lui, baignait dans une sorte de félicité. Il avait peutêtre but un peu plus que les autres, comme pour oublier ses peurs. Et ça avait marché. Top ivre pour rejoindre sa chambre, il se laissa aller sur le sofa moelleux et s'endormit. Il ne savait pas ou était les jumeaux, ni même l'heure qu'il était. Il s'en fichait.
Quelques heures, quelques minutes, ou peutêtre quelques secondes après avoir fermé les yeux, Gustav fut tiré de son someille par une étrange sensation. Il souleva difficilement les paupières, l'esprit embrumé, et se redressa sur son séant. Il lui fallut quelques secondes pour s'habituer à l'obscurité quand soudain il sentit ses entrailles se contracter, et sa tête tourna légèrement. Il n'était pas seul dans la pièce. Quelqu'un, ou quelque chose, respirait à coté de lui. il recula avec un grognement, pour s'éloigner le plus possible de la présence. Mais la peur lui avait coupé les jambes, et il ne pu que se faire glisser à l'autre bout du sofa. Il empoigna un coussin qu'il brandit devant lui, dans une défence dérisoire. L'odeur de viande pourrie envahit ses narines, aussi écoeurante, mais un peu plus légère que la dernière fois.
Peu à peu, elle finit même par s'estomper, laissant place à des effluves de Gentiane. Gustav glissa un oeil au dessu du coussin derrière lequel il se pelotonnait. La pièce était toujours aussi sombre, mais dans la lueur hesitante de la lune passant par la fenêtre, une silhouette se dessinait. Comme si elle avait sentit le regard de Gustav, la silhouette se déplaca souplement, mais le jeune homme pu continuer à la suivre du regard, car là ou elle se déplacait, l'obscurité de la pièce s'intensifiait, mais la forme se détachait du reste, comme si elle était plus noir que la nuit elle même.
- Qui... Qui êtes vous?
Soudain, Gustav réalisa qu'il était transit de froid. Son souffle se transformait en buée. Il était bien face à l'apparition de la nuit dernière. Une sorte de courant d'air l'enveloppa, mais cette fois, il n'était pas glacial, mais presque tiède, et la sensation de fraicheur le quitta. Comme si la chose en face de lui ne lui voulait plus de mal.
- je saigne.
La voix qui avait murmurer ses mots était aussi douce que la brise du printemps effleurant une pétale de fleur. A ce moment là, les nuages qui voilaient la lune se dispercèrent, et Gustav pu distinguer ce qui se tenait face à lui. Son coeur loupa un battement et il poussa un hurlement déchirant de terreur.